



Le power pop de gauche constitue t'il le plus court chemin vers l'éclat de rire ? Du fin fond de la Baie de Somme, on serait tenté de hausser les épaules à pareille interrogation, et siffler la fin de la récréation pour Les Fatals Picards, qu'on s'est épuisé à cataloguer dans le moins (violents que Ludwig Von 88) et dans le plus (électriques que Les VRP), avant de passer à autre chose : toute cette filiation, revendiquée ou pas, s'inclinant vers un early Renaud ou un éternel Boby Lapointe, ou carrément marketing inconséquent lorsqu'elle bat le rappel de Michel Audiard et Louis-Ferdinand Céline, alors que tous se seraient contentés de voir ici incarner des espèces de néo-Elmer Food Beat, a fini par lasser. Et puis, soudain, est annoncé la sortie de Coming Out. Et voilà, cela devait arriver : ce sixième album studio des Fatals Picards est un sacrément bon disque. En fait, on avait la vérité sous les yeux (et entre les oreilles), sans en convenir : ce combo est un groupe de rock, avant tout, plutôt plus à l'aise dans la musique survitaminée et mélodique mais pas que, plutôt enclin à la rigolade, mais pas que. Ainsi de la chanson-titre, ouverture de la sélection, riche d'un refrain immédiatement addictif, et d'un clip à prestigieux invités. De même, « Dans mon verre », informatif - si l'on veut - sur le danger d'usage de substances psychotropes, donne surtout envie de sauter sur ses pieds et de faire le zèbre en dansant. « Noir(s) » agit comme un digest au grand galop de trente ans de rock alternatif, et déjà, l'acidité pointe : pour toi, l'espoir s'est arrêté à Vilnius un jour de juillet. Le temps passe dans la même désillusion pour ces « Militants » pour lesquels les soldes d'été remplacent les mouvements sociaux (« Hasta Siempre »). Passés un clin d'oil amical à Tryo et un peu moins fraternel à Yannick Noah (« 1983 »), et un parfait à la manière de Zebda (« La France du petit Nicolas ») s'impose une galerie de personnages saumâtres, et le rire se fige dans l'acidité : folle de son corps (« Miss France », « Poupée gonflée ») ou folle tout court (« Premier de la glace »), bobos égarés en pataugas (« Le Retour à la terre ») ou sur les pistes de danse (« Moon Boots »), escroquerie caritative et télévisuelle (« Par ici la monnaie »), Les Fatals Picards nous font renifler notre monde sous les aisselles, et cela ne sent pas forcément bon. Mais ils le font avec un talent qui inclut accordéon languide, guitares acoustiques délicates, percussions africaines, et chours convaincus. Et puis, il y a « Tonton », qu'on laisse découvrir, brève ritournelle illuminée de cordes distinguées, et assombrie d'un texte profondément triste. On est loin du comique troupier, alors ? Oui, désolé, car, même s'ils ne renoncent jamais à un mauvais jeu de mots, Les Fatals Picards ne puisent pas leur inspiration dans les bonnes feuilles de l'Almanach Vermot. Pour composer leurs chansons pas nettes, ils se sont contentés de retranscrire un univers pas vraiment humaniste, avec un sens de la composition instantanée qui se fait rare par ici. Et si on appelait cela du talent ?
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Le power pop de gauche constitue t'il le plus court chemin vers l'éclat de rire ? Du fin fond de la Baie de Somme, on serait tenté de hausser les épaules à pareille interrogation, et siffler la fin de la récréation pour Les Fatals Picards, qu'on s'est épuisé à cataloguer dans le moins (violents que Ludwig Von 88) et dans le plus (électriques que Les VRP), avant de passer à autre chose : toute cette filiation, revendiquée ou pas, s'inclinant vers un early Renaud ou un éternel Boby Lapointe, ou carrément marketing inconséquent lorsqu'elle bat le rappel de Michel Audiard et Louis-Ferdinand Céline, alors que tous se seraient contentés de voir ici incarner des espèces de néo-Elmer Food Beat, a fini par lasser. Et puis, soudain, est annoncé la sortie de Coming Out. Et voilà, cela devait arriver : ce sixième album studio des Fatals Picards est un sacrément bon disque. En fait, on avait la vérité sous les yeux (et entre les oreilles), sans en convenir : ce combo est un groupe de rock, avant tout, plutôt plus à l'aise dans la musique survitaminée et mélodique mais pas que, plutôt enclin à la rigolade, mais pas que. Ainsi de la chanson-titre, ouverture de la sélection, riche d'un refrain immédiatement addictif, et d'un clip à prestigieux invités. De même, « Dans mon verre », informatif - si l'on veut - sur le danger d'usage de substances psychotropes, donne surtout envie de sauter sur ses pieds et de faire le zèbre en dansant. « Noir(s) » agit comme un digest au grand galop de trente ans de rock alternatif, et déjà, l'acidité pointe : pour toi, l'espoir s'est arrêté à Vilnius un jour de juillet. Le temps passe dans la même désillusion pour ces « Militants » pour lesquels les soldes d'été remplacent les mouvements sociaux (« Hasta Siempre »). Passés un clin d'oil amical à Tryo et un peu moins fraternel à Yannick Noah (« 1983 »), et un parfait à la manière de Zebda (« La France du petit Nicolas ») s'impose une galerie de personnages saumâtres, et le rire se fige dans l'acidité : folle de son corps (« Miss France », « Poupée gonflée ») ou folle tout court (« Premier de la glace »), bobos égarés en pataugas (« Le Retour à la terre ») ou sur les pistes de danse (« Moon Boots »), escroquerie caritative et télévisuelle (« Par ici la monnaie »), Les Fatals Picards nous font renifler notre monde sous les aisselles, et cela ne sent pas forcément bon. Mais ils le font avec un talent qui inclut accordéon languide, guitares acoustiques délicates, percussions africaines, et chours convaincus. Et puis, il y a « Tonton », qu'on laisse découvrir, brève ritournelle illuminée de cordes distinguées, et assombrie d'un texte profondément triste. On est loin du comique troupier, alors ? Oui, désolé, car, même s'ils ne renoncent jamais à un mauvais jeu de mots, Les Fatals Picards ne puisent pas leur inspiration dans les bonnes feuilles de l'Almanach Vermot. Pour composer leurs chansons pas nettes, ils se sont contentés de retranscrire un univers pas vraiment humaniste, avec un sens de la composition instantanée qui se fait rare par ici. Et si on appelait cela du talent ?
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Général | |
|---|---|
format | album |
Taille | moyen |
Marque | Les Fatals Picards |
Couleur | noir |
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