







Au chevet du Livre, on trouve rassemblés toutes sortes de consultants, institutionnels, ministériels et corporatistes. Les enquêtes, colloques et rapports se suivent et se ressemblent : un flot de sollicitude tiède destiné à masquer l'indifférence envers le sort du livre indépendant. Le livre : que faire est un ouvrage collectif écrit par des praticiens. Éditeurs, libraires, diffuseurs ou bibliothécaires, ils sont, comme on dit, dans le même bateau, menacé de collision par le gigantesque paquebot du livre industriel. En s'appuyant sur leur travail de chaque jour, ils montrent ce qui est dès maintenant possible : trouver des modes d'édition sans recourir à des financiers, modifier le droit d'auteur dans le sens du bien commun, redresser les errements de l'aide publique, pousser les bibliothèques à aider les librairies de quartier, éviter la diffusion massive et aveugle, faire de la librairie un lieu de découverte permanente, éviter que les nouvelles technologies ne transforment le monde du livre en un ensemble d'ingénieurs informaticiens et de manutentionnaires. C'est qu'après tant de larmes, le moment est venu de l'optimisme de la volonté. Roland Alberto est libraire, Francis Combes est éditeur, traducteur et poète, Joël Faucilhon travaille sur les nouvelles technologies, Eric Hazan est éditeur et écrivain, Hélène Korb est bibliothécaire, Frédéric Saibans est diffuseur-distributeur, André Schiffrin est éditeur et écrivain, Jérôme Vidal est éditeur, directeur d'une revue, et lui aussi écrivain.Extrait du livre :Assez de larmesEric HazanÀ en juger par le nombre de médecins à son chevet, le livre ne se porte décidément pas bien. Le ministre de la Culture, les organisations professionnelles, le Sénat de la République et jusqu'à la vénérable Société des gens de lettres manifestent leur sollicitude en organisant des colloques, en publiant des enquêtes, en commandant des rapports sur un état de santé dont tous signalent l'inquiétante dégradation.D'où vient que cette prose, dans l'ensemble, sonne faux, qu'elle oscille entre évidences et voeux pieux, entre larmes forcées et bonnes résolutions sans portée ? Que les remèdes proposés soient dérisoires et qu'il ne soit jamais parlé de ce qui serait possible sans délai et à peu de frais ?C'est qu'il s'agit toujours de sauver «le livre», considéré comme une catégorie unique et homogène. Or chacun sait qu'il en est tout autrement. Il y a d'un côté des livres qui sont des produits industriels, élaborés en suivant les règles du marketing et commercialisés en s'appuyant avant tout sur les grandes enseignes répandues sur le territoire et en particulier à la périphérie des villes. Ces livres, de loin les plus nombreux - en titres et en exemplaires vendus -, sont fabriqués par des maisons qui appartiennent pour la Eric Hazan plupart à des groupes financiers et dont la raison d'être est la rentabilité des investissements. Ce secteur-là du livre se porte plutôt bien. Si d'aventure tel best-seller ne se vend pas, si telle collection est un échec, les moyens de ces maisons permettent d'oublier rapidement cette déception.De l'autre côté, il y a les livres que l'on qualifie souvent de difficiles - pas forcément à lire, mais à coup sûr difficiles à écrire, à éditer, à lancer, à vendre. Ce sont des romans et des essais, des livres de poésie ou de théâtre, qui résultent d'une activité d'un bout à l'autre artisanale. Dans l'ensemble, les maisons d'édition qui les élaborent sont de petite taille et n'ont pas d'investisseurs extérieurs : on dit qu'elles sont indépendantes. Elles se réclament des exemples de Jérôme Lindon aux Éditions de Minuit, de José Corti ou de François Maspero. Les librairies qui défendent le mieux ces livres sont souvent tenues par des passionnés qui travaillent cinquante heures par semaine en se payant une misère. Ce sont ces livres-là qui sont aujourd'hui en danger.(Je sais, une telle dichotomie est simplificatrice : des grands groupes d'édition, il sort aussi des livres indispensables, et il n'est pas question d'opposer la bonne et la mauvaise littérature. Il y a de bons romans policiers et de mauvais livres de philosophie, il y a d'excellents libraires à la Fnac et des librairies indépendantes sans intérêt, etc. Mais la distinction entre le livre produit par l'industrie de l'entertainment et le livre issu de l'édition artisanale reste indispensable pour comprendre la véritable situation «du livre».)
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Détails:Au chevet du Livre, on trouve rassemblés toutes sortes de consultants, institutionnels, ministériels et corporatistes. Les enquêtes, colloques et rapports se suivent et se ressemblent : un flot de sollicitude tiède destiné à masquer l'indifférence envers le sort du livre indépendant. Le livre : que faire est un ouvrage collectif écrit par des praticiens. Éditeurs, libraires, diffuseurs ou bibliothécaires, ils sont, comme on dit, dans le même bateau, menacé de collision par le gigantesque paquebot du livre industriel. En s'appuyant sur leur travail de chaque jour, ils montrent ce qui est dès maintenant possible : trouver des modes d'édition sans recourir à des financiers, modifier le droit d'auteur dans le sens du bien commun, redresser les errements de l'aide publique, pousser les bibliothèques à aider les librairies de quartier, éviter la diffusion massive et aveugle, faire de la librairie un lieu de découverte permanente, éviter que les nouvelles technologies ne transforment le monde du livre en un ensemble d'ingénieurs informaticiens et de manutentionnaires. C'est qu'après tant de larmes, le moment est venu de l'optimisme de la volonté. Roland Alberto est libraire, Francis Combes est éditeur, traducteur et poète, Joël Faucilhon travaille sur les nouvelles technologies, Eric Hazan est éditeur et écrivain, Hélène Korb est bibliothécaire, Frédéric Saibans est diffuseur-distributeur, André Schiffrin est éditeur et écrivain, Jérôme Vidal est éditeur, directeur d'une revue, et lui aussi écrivain.Extrait du livre :Assez de larmesEric HazanÀ en juger par le nombre de médecins à son chevet, le livre ne se porte décidément pas bien. Le ministre de la Culture, les organisations professionnelles, le Sénat de la République et jusqu'à la vénérable Société des gens de lettres manifestent leur sollicitude en organisant des colloques, en publiant des enquêtes, en commandant des rapports sur un état de santé dont tous signalent l'inquiétante dégradation.D'où vient que cette prose, dans l'ensemble, sonne faux, qu'elle oscille entre évidences et voeux pieux, entre larmes forcées et bonnes résolutions sans portée ? Que les remèdes proposés soient dérisoires et qu'il ne soit jamais parlé de ce qui serait possible sans délai et à peu de frais ?C'est qu'il s'agit toujours de sauver «le livre», considéré comme une catégorie unique et homogène. Or chacun sait qu'il en est tout autrement. Il y a d'un côté des livres qui sont des produits industriels, élaborés en suivant les règles du marketing et commercialisés en s'appuyant avant tout sur les grandes enseignes répandues sur le territoire et en particulier à la périphérie des villes. Ces livres, de loin les plus nombreux - en titres et en exemplaires vendus -, sont fabriqués par des maisons qui appartiennent pour la Eric Hazan plupart à des groupes financiers et dont la raison d'être est la rentabilité des investissements. Ce secteur-là du livre se porte plutôt bien. Si d'aventure tel best-seller ne se vend pas, si telle collection est un échec, les moyens de ces maisons permettent d'oublier rapidement cette déception.De l'autre côté, il y a les livres que l'on qualifie souvent de difficiles - pas forcément à lire, mais à coup sûr difficiles à écrire, à éditer, à lancer, à vendre. Ce sont des romans et des essais, des livres de poésie ou de théâtre, qui résultent d'une activité d'un bout à l'autre artisanale. Dans l'ensemble, les maisons d'édition qui les élaborent sont de petite taille et n'ont pas d'investisseurs extérieurs : on dit qu'elles sont indépendantes. Elles se réclament des exemples de Jérôme Lindon aux Éditions de Minuit, de José Corti ou de François Maspero. Les librairies qui défendent le mieux ces livres sont souvent tenues par des passionnés qui travaillent cinquante heures par semaine en se payant une misère. Ce sont ces livres-là qui sont aujourd'hui en danger.(Je sais, une telle dichotomie est simplificatrice : des grands groupes d'édition, il sort aussi des livres indispensables, et il n'est pas question d'opposer la bonne et la mauvaise littérature. Il y a de bons romans policiers et de mauvais livres de philosophie, il y a d'excellents libraires à la Fnac et des librairies indépendantes sans intérêt, etc. Mais la distinction entre le livre produit par l'industrie de l'entertainment et le livre issu de l'édition artisanale reste indispensable pour comprendre la véritable situation «du livre».)
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Général | |
|---|---|
Taille | 1 |
Marque | Roland Alberto |
Matériau | érable |
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